Une voix vint de sa droite.
« OHÉÉÉÉ! »

De l’autre cĂŽtĂ© de la plage, Ă  l’autre bout du littoral, naissait le pied d’une falaise (quand Ă  savoir si elle Ă©tait petite ou loin, ça,…) oĂč elle vit, tournant dos au ciel dĂ©gagĂ©, la silhouette d’un Grenousse et de tout son col de bulles irisĂ©es, qui dĂ©crivait de larges signes de la main. L’amas de roches bordant la falaise Ă©tait taillĂ© en escaliers et le Grenousse s’empressait dĂ©jĂ  de les descendre.


« Ça va  ? Rien de cassĂ©  ? »


Lui non plus, il ne lui disait rien. Il l’avait rejoint en quelques bonds, freinant pour se hisser sur des jambes flageolantes. Alors qu’il s’apprĂȘtait Ă  ouvrir grand la bouche pour se prĂ©senter (il offrait mĂȘme sa main pour qu’elle la serre!), Skitty se figea. L’ombre d’une vague la recouvrit.

Grenousse projeta sa main pour la protĂ©ger, mais elle fut plus rapide: il se cogna le pied sur le dos de Skitty qui s’Ă©tait poussĂ©e sur ses postĂ©rieurs en se braquant face Ă  la mer, et le choc envoya le Grenousse tomber sur les fesses. Les yeux ronds, il s’empressa d’Ă©carter les bras pour se rĂ©Ă©quilibrer, reculant de deux petits pas qui marquĂšrent profondĂ©ment le sable.


 Et la mer tira la vague sans qu’elle n’ait happĂ© qui que ce soit.

Grenousse, qui se tenait inconfortablement debout sur des pattes destinĂ©es Ă  bondir, se dĂ©tendit et les replia pour adopter une position plus confortable pour un PokĂ©mon de son espĂšce. Le soulagement Ă©tait partagĂ©, et le sourire radieux qu’il prit aprĂšs cette brĂšve interruption motiva Skitty Ă  sortir de son mutisme, pour rĂ©pondre Ă  sa question:


— « –

— « J’arrive pas Ă  y croire …! RĂ©pondre Ă  sa question:

Ma toute premiÚre échouée! »

RĂ©pondre Ă  — on oublie. Il l’avait coupĂ©e dans son Ă©lan et elle ne pouvait qu’en ĂȘtre refroidie. Et puis comment il l’avait appelĂ©e  ? Son silence fit s’empourper Grenousse, ou plutĂŽt le fit mousser abondamment du cou et du dos.


— « Parce-que c’est prĂšs de la mer qu’on vous trouve!

Euh – il perdait le fil – d’habitude, vous les Ă©chouĂ©s vous ne savez pas oĂč vous ĂȘtes et ne vous rappelez de rien, c’est pour ça qu’il faut aller vous pĂȘcher! »

Mais que– elle se carra les Ă©paules devant cet Ă©tranger pour le dĂ©visager, lui et ses prĂ©somptions, ce qui le fit s’affoler.
— « N-non!! Il moussait si vite que ses bulles se dĂ©tachaient en gros nuages derriĂšre lui. Tu ne comprends pas, c’est tout Ă  fait NORMAL! MĂȘme qu’on vous trouve Ă  la PELLE, ici! »

Les bulles se mirent Ă  barboter plus fort:

— « — Ce que je veux dire c’est que tu es entre de bonnes mains maintenant ! Mon nom est MĂ©latonine, je suis un pĂȘcheur de CarracĂŽte !      JurĂ©!

Je ne te veux aucun mal !!


… Admettons.

Elle se rĂ©serva bien de lui dire ce qu’elle pensait, puisque maintenant elle Ă©tait sur ses gardes. Ce PokĂ©mon Ă©tait un vĂ©ritable moulin-Ă -paroles.

MĂ©latonine, entre temps, avait complĂštement disparu sous la mousse. Au travers de son Ă©toffe de bulles, il parvint Ă  discerner un sobre hochement de la tĂȘte, comme quoi Skitty lui laissait une chance. Il relĂącha ses Ă©paules, retrouvant prudemment son sourire malgrĂ© la honte qui le lui dĂ©formait encore un peu.


— « Oui! Bon! Alors! Et le tien, c’est quoi!

— Le   « mien »…? »

Entendre sa voix les fit sursauter tous les deux, lui car il ne pensait pas que Skitty puisse parler, et elle due au vestige de sa quinte de toux, plus tĂŽt.

— « Ton nom! Comment tu t’appelles? Ou peut-ĂȘtre que tu ne t’en rappelles plus? »

Il enchaĂźna avec un « c’est pas grave! » puis avec « on t’en trouvera un! » et « sinon je t’amĂšnes Ă  la ville pour te prĂ©senter et ensuite on fera un tour Ă  la PokĂ©cole pour » mais Skitty ne l’Ă©coutait plus, s’égarant dans ses pensĂ©es. Un haut-le-coeur lui prit. Son seul souvenir Ă©tait d’avoir tourbillonnĂ© entre les courants et d’avoir Ă©tĂ© ballottĂ©e comme un coquillage avant de s’Ă©chouer sur la plage.


  C’Ă©tait une bonne question, mine de rien. Comment s’appelait-elle? « C’est trĂšs important d’avoir un nom, tu sais » …Il lui semblait avoir une idĂ©e. D’oĂč venait-elle? « Sans nom, on est un peu personne! » Elle pouvait presque s’imaginer un endroit. « En fait, si je t’en trouvais un maintenant? » Mais quant Ă  ce qu’elle faisait ici, sur cette plage qu’elle ne reconnaissait pas, et maintenant,…

— Tiens, que penses-tu de Glucosamine?

SĂ©rotonine?

Elle ne s’entendait plus penser avec ce Moulin-tonine !!

— « C’est Finch.

Finch… Ça n’avait pas le mĂȘme panache que Glucosamine, ou SĂ©rotonine, ou-…

— « Bon, d’accord, Finch, mais je dois quand mĂȘme t’amener Ă  la ville pour-

— « Non.

Elle lui tourna le dos, chassant l’air de sa queue sertie de trois Ă©tamines.

Mélatonine la regarda partir, hébété, mais la panique lui prit aux pattes et le fit bondir à ses trousses:

« …Finch, attends-moi ! »