La marée tire, et la marée pousse. Les rayons du soleil dansent sur l’écume comme de l’huile sur de l’eau; à chaque poussée, un drap d’écume monte la berge du littoral pour mouiller le sable et les galets; à chaque tir, le drap redescend, taillant à l’usure du mouvement une pente qui raccourcit la berge un peu plus à chaque année.

La marée tire, et la marée pousse.

Sauf le bruit des vagues, la plage était plongée dans le silence.

Jusqu’à ce que la marée ne pousse quelque chose.

Venant troubler la sieste du soir des goélises sur leurs rochers, un Pokémon fut poussé sur la pente au pied de la berge, sortant tête, corps et queue de l’eau. Une vague plus forte le poussa sur le littoral, et un dernier tir le départit pour de bon de son drap d’écume.


C’est un Skitty. Elle est inerte et détrempée et ses courtes pattes s’enlisent sous le sable. Son apparition sur la plage trouble la sérénité de ses habitants – aussi des goélises se mettent à piailler.

« Bwaah! »

« Bwaah! »


C’est le troisième « bwah » qui lui fit froncer les sourcils et plisser le nez. Soudain elle toussa. Car à peine l’air entré dans ses poumons, toute l’eau qu’elle avait bue dut sortir. Du fond de sa gorge, le sel alla lui racler les narines et chassa le sable obstruant son nez. Forcée à quatre pattes, elle balança sa tête en avant en arrondissant le dos, ne sachant plus si elle crachait ou si elle toussait ou bien si elle faisait les deux.

Après de longues minutes à laisser ses oreilles pelucheuses osciller devant ses yeux, le Skitty prit ce qui devait être la plus grande inspiration de sa vie : sa gorge lui brûlait et il lui semblait avoir oublié comment respirer, mais cette nouvelle bouffée d’air, dénuée de toute obstruction, fut comme une deuxième naissance.

Et comme tout nouveau-né, elle n’eut plus la force de se garder debout et chut. Vraiment, qu’est-ce qui rendait sa tête si lourde? Elle aurait pu la jurer pleine d’eau, comme si elle se trouvait encore sous la surface et que ses souvenirs tentaient de l’appeler au dessus, se déformant dans la tension… Ses oreilles détrempées se dressèrent. Elle prenait conscience qu’elle ne reconnaissait pas cette plage, ni les hauts rochers où se perchaient les goélises non-loin. Son attention descendit la berge et monta la mer jusqu’à la ligne d’horizon, se perdant dans les reflets du soleil qui se couchait dessus.

Oh…

Le mouvement des vagues la détendit.

Elle écarta les tout petits doigts de ses courtes pattes, appréciant les grains de sable qui roulèrent dessus. Sa gorge ne lui faisait plus aussi mal.

Où est-ce que je suis …?

L’apaisement fut néanmoins de courte durée, car la pensée qui s’ensuivit fut :

Et qu’est-ce qui m’est arrivé ?